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GODZILLA idées reçues

GODZILLA
idées reçues
Mister O
  • On 23 mai 2014
  • http://generation-strange.com

Bon alors… Qu’on aime ou pas la nouvelle version, Godzilla est un film qui est issu, qu’on le veuille ou non, de la culture geek. Donc il est inutile de préciser que nos journalistes français ont une fois de plus été grandiloquents, erronés, parfois même stupides et moralisateurs comme à leur habitude. La désinformation de la pop-culture est en marche. « Qu’est-ce que ça peut faire ? On a la VRAIE culture, nous ! » est un argument que j’ai récemment entendu d’un aficionado de la nouvelle vague, de Coline Serreau et autre Auberge Espagnole.

Il est donc temps de faire un point sur la sortie de ce blockbuster qui a envahit les écrans américains depuis le 16 mai 2014 et de remettre les pendules à l’heure face à l’intox.

Reboot=Trahison

On se calme. Première chose, il s’agit plus ou moins du quatrième reboot de la franchise depuis son original Gojira produit par la Toho en 1954. Nous reviendrons sur ce dernier ultérieurement.

Bien qu’une ribambelle de suites fût faite, Le Retour de Godzilla en 1984 les ignore toutes et se proclame LE véritable deuxième volet. Et tout comme celui de 1954, une version américaine nommée Gozilla 1985 contenant des segments incrustés avec Raymond Burr, reprenant ainsi son rôle du journaliste Steve Martin, sort dans les salles un an plus tard.

Roland Emmerich décide de tenter sa chance en faisant un remake américain ce qui donnera Godzilla en 1998 avec notre Jean Reno national. Le physique du reptile éponyme est considérablement altéré, le ton est différent et le film ressemble étrangement à ce qu’il avait fait préalablement sur Independance Day.

En 1999, une nouvelle suite faite sous le nom de Godzilla 2000 Millenium fit à nouveau complètement abstraction de tous les chapitres préalables, y compris le reboot de 1984, et est AUSSI une suite du premier de 1954.

2014, Gareth Edwards sort sa version dix ans après que la Toho ait annoncé leur décision d’arrêter la franchise et détruit le célèbre plateau aquatique du monstre maintenant légendaire.

 

L’esprit Godzilla n’est pas respecté

C’est-à-dire ? Quelle période ? Showa (1954-1975)? Heisei (1984-1995)? Millenium (1999-2004)?

Tout d’abord, le « vrai » Gojira/Godzilla n’apparait que dans le film de 1954 puisqu’il y crève à la fin. TOUTES les suites introduisent une nouvelle bestiole qu’elles nomment, comme par hasard, Godzilla. Ses fameuses suites deviennent rapidement des films plus légers, espiègles, parfois drôles et les différents kaijus rencontrés font même occasionnellement du catch. Le monstre devient une force bénéfique défendant le Japon contre la menace du moment. Ceci pour notamment plaire à un public plus jeune. On est loin de l’esprit de l’original.

Pour terminer sur ce point bien précis, il ne s’agit pas d’une copie mais d’une inspiration de l’original. Il s’agissait là de faire un film qui serait ancré dans un monde à peu près réaliste visuellement mais en tentant de garder l’esprit du film d’Ishiro Honda.

 

L’original ?

Critiqué par certains, hué par d’autres, Godzilla fut le huitième plus gros succès de l’année de l’année car plus de 11% du pays visionna le film, chose rare à cette époque. Reconnu pour sa véritable valeur, le film fut récompensé pour ses effets spéciaux et rata le titre de meilleur film face à Les Sept Samouraïs d’Akira Kurosawa.

Le film fut aussi accusé de sensationnalisme à cause d’in détail particulier. Le producteur avait été inspire après avoir lu l’incident du  Daigo Fukuryu Maru, un bateau de pêche de thon pourtant hors de la zone dangereuse établie au préalable par le gouvernement américain exposé aux retombées radioactives suite aux essais nucléaires à l’atoll de Bikini aux Îles Marshal. Une centaine de vaisseaux furent exposés mais seul celui-ci ramena un équipage affecté d’irradiation aigue et l’un de leur membre y succomba.

Le film de 1954 est un film noir. Aucune note d’humour n’y apparait. La créature n’apparait que la nuit et il est mentionné que la lumière ne ferait que le rendre furieux. Le Godzilla de Honda est une force destructrice qui s’abat sans discernement, ni pitié sur l’humanité comme la colère de Dieu. Un fléau ravageur réveillé par une explosion nucléaire mettant le pays du soleil levant devant son impuissance malgré toutes ses tentatives. On y apprend même que Godzilla est connu des pêcheurs d’une île nommée Odo. Dans les temps reculés, les habitants sacrifiaient des jeunes filles en offrande au monstre des profondeurs lorsque la pêche était mauvaise.

La mise en scène ne fait qu’appuyer le désespoir des humains, simples mortels subissant le courroux de ce visiteur nocturne dont la tête apparait haut dessus des plus hauts immeubles de la ville pour enfin ouvrir sa gueule et en libérer des flammes purificatrices. La bête y est terrassée par le Docteur Daisuke Serizawa qui a construit une arme secrète appelée le Destructeur d’Oxygène et il est aidé par Hideto Ogata son rival romantique joué par Akira Takarada. Le courageux docteur qui craignait de révéler cette arme destruction massive au reste du monde y laissera lui aussi la vie. Le film termine sur les craintes de l’archéologue Kyohei Amane qui voulait étudier la créature et non la tuer : si l’humanité continue à effectuer des essais nucléaire, un autre Godzilla pourrait apparaitre quelque part dans le monde.

Bref. C’est pas du tout déprimant. De la joie, du bonheur, de la bonne humeur, vive la vie, un bain chaud, un rasoir, un cocktail au Destop, un tube de somnifère, blub blub blub…

Je m’égare.

On est loin des poncifs joyeux et considérés par certains comme niais qui caractériseront les suites et le genre du Kaiju eiga et/ouTokusatsu.

Vendu à Transworld Pictures par la Toho, il fut remonté, avec des nouvelles scènes incluant un journaliste américain du nom de Steve Martin interprété Par Raymond Burr,sous le titre de Godzilla, King of the Monsters! en 1956. Moins axé sur la terreur nucléaire que ressentait les japonais, moins concentré sur le trio des jeunes héros et faisant passer le personnage du journaliste au premier plan. Certaines scènes restent en japonais sous-titré, histoire de souligner qu’on est à l’étranger et accesoirement économiser sur un doublage. Il est amusant de noter que la transition du titre Gojira en Godzilla est entièrement l’œuvre de la Toho qui le présentait sous ce titre précis lors des propositions de vente sur leur catalogue d’époque. C’est le premier film japonais qui sortit sur les grands écrans aux États-Unis.

En 1957 la France découvre un troisième montage du film cette fois-ci entièrement doublée en français via Les Films du Verseau. Cette version est une sorte d’amalgame qui garde le personnage de Steve Martin mais se débarrasse de pas mal de ses scènes et y réintroduit des scènes japonaises.

Et ce n’est pas fini ! Luigi Cozzi sortit en 1977 un quatrième montage ! Il s’agit de la version US remontée avec des scènes piochées de divers films, des documentaires et mêmes d’autres films de Godzilla. Le tout remonté avec une nouvelle bande son et colorisée !

L’adaptation du film 2014 se base clairement sur la version originale japonaise qu’est Gojira. Le ton est sérieux, tragique, essentiellement réaliste, parfois désespéré. Tout comme le film des années cinquante, on témoigne d’une vision d’un monde où les themes abordés sont la destruction, la survie, l’impuissance face à des évènements cataclysmiques qui dépassent les simples mortels que sont les personnages du film. On est loin de l’humour que réservait la plupart des volets qui ont suivit. Si certaines scènes du film d’Ishiro Honda nous plongent dans la réalisation que des milliers de morts ont été fauchés par le monstre en nous montrant des fillettes chantant un marche mortuaire, Gareth Edwards reste dans le ton en rappelant l’élément humain qui témoigne des victimes de la destruction et en témoignant de la douleur du personnage interprété par Bryan Cranston (et non Brian comme l’ont écrit plusieurs journalistes) qui en fait une croisade personnelle.

Incapable de se détourner de sa guerre sainte, parlant avec un sourire de son petit-fils mais ne l’ayant jamais vu parce que toujours torturé par le souvenir de la mort de sa femme qui n’est autre que Juliette Binoche. Aaron Taylor-Johnson y campe son fils devenu désamorceur de bombe militaire qui habitait jadis le Japon avec ses parents maintenant réuni avec son père qui est à ses yeux un homme brisé, obsessionnel et délirant théoricien du complot.

Notons que, de son propre aveu, Edwards puise dans Les Dents de la Mer en laissant monter la tension ainsi que le mystère et en nous montrant la bête une fois le film plus que bien entamé. Jusqu’au point où le personnage principal porte le même nom de famille que celui du chef de police du film de Steven Spielberg : Brody.

L’intervention militaire américaine une fois inévitable, le scientifique à la tête de l’étude des kaijus, Ishiro Serizawa, joué par Ken Watanabe sera lui aussi la voix de la raison et la clef de la survie face aux géants destructeurs tout comme l’était son homologue soixante ans auparavant : Le nom du docteur Daisuke Serizawa. Ishiro Serizawa est un double hommage : le prénom du réalisateur de l’original et le nom de famille du personnage du scientifique de l’original.

Hommage à souligner : dans Pacific Rim de Guillermo Del Toro, les kaijus sont mesurés sur l’échelle Serizawa.

Autre souci de respect de l’original est le fait que la Toho ait confié à Edwards un enregistrement haute-définition du cri original du bestiau de 1954. Permettant ainsi à son équipe d’en faire une version Dolby Atmos en partant du fichier de base.

 

C’est pas un film fun de monstre

 Effectivement. C’est pas fun pour deux sous. Si vous vous attendiez à un film similaire aux suites de la Toho de l’ère Showa, vous êtes mal tombés. Tout l’aspect rigolade, plis du costume du monstre, catch, enfants qui rigolent… on oublie. Comme précisé au-dessus, il s’agit d’un retour aux sources. Considérant que Godzilla est une force de la nature, c’est traité comme un film catastrophe. Au même titre qu’un ouragan, un tremblement de terre, un raz-de-marée ou un accident nucléaire. Il serait mal venu de faire Titanic avec un bref moment où Leonardo DiCaprio se tourne vers Kate Winslet et lui demande de tirer sur son doigt avant de lâcher un pet sonore. Non ? Et bien, il y va de même avec Godzilla. Et en étant honnête, la deuxième partie a un petit côté reminiscent des suites de l’ère Showa puisque Godzilla se met sur la tronche avec deux autres kaijus.

 

C’est trop américain

« Trop américain. Trop hollywoodien. Ça reprend trop les poncifs d’Hollywood. »

Ben ouais… C’est un remake produit par Legendary Pictures et Warner Bros. Pictures, des studios hollywoodiens. Il faudrait qu’ils ‘en cachent ?

La bande-annonce avec le papa de Malcom vous a pas un peu mis la puce à l’oreille ?

Vous auriez préféré une version indienne ? Superbement chorégraphiée et chantée ?

La lutte des classes, jetant ainsi un regard sans concession sur notre société corrompue de consommation ?

Allez travailler chez Libération qui dans leur ignorance totale appellent un Godzilla un super-héros. Argument d’un crétin : « Il a même eu droit à son comics ! ».

Les Beatles, le groupe Kiss, Jerry Lewis, le pape Jean-Paul II et mère Theresa aussi ! Depuis quand ça en fait des super-héros ?

Notons que Godzilla a été adapté par plusieurs maisons d’éditions dont Dark Horse et IDW mais surtout : il a eu sa propre série de 1977 à 1979 chez Marvel qui dura vingt-quatre numéros et où il se mettait sur la tronche avec les Vengeurs et les Quatre Fantastiques.

 Il est trop gros/Il est trop grand

‘Faut VRAIMENT que vous remattiez les différents Godzilla avant de dire qu’il est trop gros. Les pattes et son cul ont quasi toujours été énormes (ne comptons pas celle d’Emmerich) avec un tronc plus étroit et une tête relativement petite.

Quant à sa taille, Godzilla a grandi et rapetissé aux cours des six dernières décennies. Commençant à cinquante mètres, passant à quatre-vingt mètres, montant jusqu’à cent mètres, redescendant à cinquante cinq mètres, encore à cinquante mètres, revenant à cent mètres.

Sérieusement, le fait qu’il ait pris vingt ou cinquante mètres de plus ne vous dérangent QUE maintenant ? Pfff

Autrement, l’intention était simple : Godzilla dépasse des gratte-ciels dès le premier volet de ses aventures. Plus les immeubles sont devenus hauts à Tokyo, plus ils ont fait grandir la bestiole.

 

Il est boudé par les japonais

« Il ne s’agit que d’un très petit nombre de gens qui disent ça. » explique Yosuke Ogura, le responsable des relations publiques de la Toho. « Le nombre de gens qui sont postifs vis-à-vis du nouveau ‘Godzilla’ est bien plus vaste. » explique-t-il dans un interview dans Variety. Il explique également que le film est sérieux et un retour aux sources ainsi le fait qu’il est programmé en dernier sur la liste des pays de diffusion. Le 25 juillet, date qui, selon lui, est la période idéale pour les blockbusters au Japon. Discutant avec plusieurs japonais, ils me confirmèrent la véracité des dires de monsieur Ogura concernant qu’il étaient plutôt curieux et impatiens de découvrir le nouveau reboot.

 

Bref

Quant aux résultats du box office : en deux jours (vendredi et samedi) le film obtient 196millions de dollars à l’international et au moment où j’écris, on en est à 216,167,036 millions de dollars. Une suite a, bien entendu, été signée.

Mon opinion personnelle est que c’est bien filmé et que le ton est bon. Certains plans relève carrément de l’impressionnisme tant les images sont superbes. La seconde moitié fonctionne mais casse un peu le rythme oppressant donné par la première moitié en y insufflant une bataille de kaijus.

Les acteurs sont tous bons, surtout Bryan Cranston et Ken Watanabe, mais Aaron Taylor-Johnson y est un peu sous Xanax et est aussi expressif qu’une carpe alors qu’il nous a prouvé dans Kick-Ass qu’il était plutôt dynamique. Espérons qu’il le soit dans Avengers : Age of Ultron.

Le fait que la troisième sœur Olsen se place mieux cinématographiquement que ses frangines jumelles m’a fait sourire. Si si, c’est CETTE Elisabeth Olsen, là.

Le fait que la bête survit et ne soit pas supplantée par une nouvelle à qui on ne fera que transposer le nom.

Mon plus gros regret est le fait qu’Akira Takarada, vétéran de l’original, ait tourné une scène qui a été coupée et donc n’apparait pas dans le montage final. Espérons un director’s cut de ce nouveau gorille-baleine (oui, le nom est un amalgame de ces deux mots en japonais).

 

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